Retrouvez l'interview de Maël Perret, co-fondateur et CEO de Dyneo, parue dans Le Figaro.

Notre objectif est de rendre les réseaux thermiques plus intelligents. Nous récupérons les données des installations, nous vérifions leur qualité, puis nous les mettons au service de l'exploitation.
C'est ce qui permet de réduire les pertes thermiques, de gagner en rendement de production et de repérer les bâtiments où la performance se dégrade. Chaque gain énergétique se traduit aussi en gain financier. L'exploitant dispose d'une installation plus rentable, et l'abonné d'une chaleur locale, décarbonée et abordable, à un prix aussi stable que possible face aux énergies fossiles.
Un tableau de bord ne suffit pas. Ce qui compte, c'est que la donnée mène à une action. Il faut des outils capables de diagnostiquer en continu, de suivre la performance et de piloter les installations. C'est ce qui nous permet d'accompagner les collectivités et les exploitants sur toute la chaîne de valeur.
Nos clients sont de deux types. Il y a les collectivités qui exploitent elles-mêmes leurs réseaux, et les entreprises qui exploitent des réseaux publics dans le cadre de délégations de service public.
En France, nous travaillons avec Veolia sur deux réseaux de chaleur près de Grenoble, avec un contrat de quinze ans. Sur ce type de projet, la digitalisation prend de plus en plus de place. Les collectivités demandent des infrastructures performantes, un suivi précis et plus de transparence vis-à-vis des abonnés, c'est-à-dire des propriétaires et gestionnaires des bâtiments raccordés. Nous mettons en place les outils de suivi continu et de diagnostic de la performance, et la donnée simplifie au passage la facturation et la relation avec les abonnés.
Une collectivité qui exploite plusieurs réseaux doit aussi tirer le meilleur de son budget et de ses équipes techniques. Sur beaucoup d'infrastructures, une panne se découvre encore le jour où l'abonné n'a plus de chauffage ou d'eau chaude sanitaire. Nous voulons que l'exploitant repère la panne ou la dérive avant que les usagers n'en subissent les effets.
La décarbonation d'abord. En France, les réseaux doivent augmenter leur part d'énergies renouvelables et de récupération, notamment avec la biomasse et la valorisation des déchets. Ce taux d'EnR&R pèse aussi sur l'économie du réseau, puisqu'il conditionne la TVA appliquée.
Le prix ensuite. Un réseau doit être assez efficient pour que les propriétaires choisissent de s'y raccorder plutôt que d'installer une solution individuelle. Tout l'équilibre est là : décarboner, tout en garantissant une énergie compétitive et aussi stable que possible.
Enfin, les décisions se prennent sur le temps long. Nos contrats les plus courts durent trois ans, d'autres couvrent plusieurs décennies. Nous devons donc démontrer la valeur de notre technologie dans la durée, auprès des collectivités comme des grands exploitants.
C'est une vraie difficulté. Nous sommes huit, face à des infrastructures de grande taille et d'importance critique, et nous devons convaincre qu'une équipe comme la nôtre peut accompagner des groupes comme Veolia.
Notre force tient à la complémentarité de nos profils. Je suis ingénieur en énergétique du bâtiment, spécialisé dans l'optimisation des systèmes thermiques, avec quinze ans d'expérience dans de grands bureaux d'études en Suisse et à l'international. Max Carrel est physicien de l'EPFL, spécialiste du traitement des données. En réunissant ces deux métiers, nous avons construit une technologie qui collecte, contrôle, valorise et pilote les installations.
Le Fonds de technologie nous soutient pour poursuivre ce développement. Ce soutien confirme la solidité de notre approche et nous aide à préparer un déploiement à grande échelle.
Avoir le plus d'impact possible. Beaucoup d'innovations fonctionnent bien sur un petit territoire et se compliquent dès qu'il faut les généraliser. C'est pourquoi nous avons pensé le passage à l'échelle européenne dès le départ.
Nous avons commencé par la Suisse, puis lancé nos premiers projets clients en France. Nous avons aussi des contacts au Royaume-Uni, en Pologne et aux Pays-Bas.
La transition énergétique ne viendra pas seulement de nouvelles sources de production. Il faudra aussi mieux exploiter les infrastructures existantes, comprendre leur fonctionnement et rendre leur performance mesurable. C'est sur cette capacité à transformer la donnée en action que nous construisons Dyneo.